Thierry Rey : « Les clubs sont toujours là où on ne les attend pas »

Il est l’homme du premier PSG Judo, celui qui en fonda la philosophie, tournée vers l’ambition, la professionnalisation des athlètes et le suivi de leur carrière. D’un champion olympique à l’autre, avant Djamel Bouras aujourd’hui, qui fut l’un des combattants du PSG de l’époque, il y avait Thierry Rey.

« C’est au retour des Jeux de Barcelone, que j’avais commenté pour Canal+, que je dîne avec Pierre Lescure, à la tête de la chaîne, qui me propose un engagement. J’étais alors président d’une alliance de Seine-et-Marne de bon niveau, l’Alliance Judo 77, où il y avait déjà les Philippe, Demarche et Taurines. Je sais que le PSG s’étend en créant des sections, j’ai l’aura des Jeux derrière moi, on avait fait sept médailles en judo… Je propose et je me retrouve avec un club clé en main.

Je voulais que ce soit un très grand club et la coupe d’Europe était importante à l’époque, plus qu’aujourd’hui. J’avais aussi l’idée de modifier le modèle pour les athlètes, pour sortir de celui qui consistait à distribuer des enveloppes « au cul du camion » qui était un peu le lot commun. On a crée une Société Anonyme à Objet Sportif, qui permettait au club associatif de contrôler ses adhésions et son projet, mais de payer les combattants de l’équipe par l’intermédiaire d’une entreprise privée. Canal+ donnait un million de francs, ce qui était énorme à l’époque. On a pu créer le centre de formation des apprentis, on a négocié avec Michel Corbière de l’Aquaboulevard pour qu’il nous mette des courts de tennis couverts à disposition, pour nous faire un dojo de 400m2. Je voulais un vrai club, avec les parents, les déplacements, les passages de grade. On a eu tout ça.

Nous avons aussi voulu une équipe féminine, qui était emmenée par Cécile Nowak, championne olympique, et, dès l’année suivante, on avait avec nous David Douillet et Djamel Bouras dans l’équipe masculine, les deux champions olympiques à venir ! On a été à l’origine d’une évolution dans l’organisation des clubs. Les athlètes étaient très intéressés par la nouvelle situation que nous proposions, mais cela avait fait débat à l’époque. La "professionnalisation" n’avait pas forcément bonne presse, on nous traitait volontiers de "marchand". Ils ont fini par se mettre progressivement à niveau… Rétrospectivement, non seulement je n’ai pas honte, mais je suis fier de cette dimension du PSG Judo. Ceux qui râlaient le faisaient parce que leur équilibre économique était bien plus précaire. Nous, nous permettions aux athlètes de cotiser pour leurs points-retraite.

Aujourd’hui, c’est l’ironie de l’histoire de voir Djamel Bouras se retrouver dans mon rôle d’alors… Ça me fait chaud au cœur et cela m’inspire beaucoup d’optimisme. Quand Canal+ a finalement vendu le club à Colony Capital, on aurait pu croire que l’aventure se finissait. Heureusement, on voit que ce n’est pas cas. J’ai des souvenirs incroyables avec lui. Je me souviens comment on a vibré à cette époque ! À partir de 1996, on avait une équipe avec deux champions olympiques, on était reçu comme des papes en Allemagne, les Russes étaient au garde-à-vous. C’était vraiment génial d’avoir les moyens de nos ambitions et d’être à la hauteur de celles-ci. Mais j’ai aussi d’autres moments en tête, d’autres fiertés, comme de voir David Douillet remettre sa ceinture noire à un petit jeune nommé Teddy Riner à l’Aquaboulevard. Cette image, elle est là, dans mon cœur. Avec Canal+ et Pierre Sled, qui était ceinture noire de judo, on avait aussi réfléchi à la façon de raconter le judo à la télévision. On proposait un format court de compétition avec sept combats, on faisait vivre l’événement avec une caméra dans la salle d’échauffement, quelqu’un pour recueillir les réactions à la sortie du tapis. Tout cela a modifié les façons de faire. Les clubs ont cette responsabilité je crois, à la fois pour booster l’équipe de France par l’expérience offerte aux combattants, mais aussi pour dynamiser le processus global de notre pratique, parce qu’ils sont toujours là où on ne les attend pas. Le PSG Judo de Djamel est manifestement dans cette perspective. Je souhaite longue vie à la nouvelle structure. »

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