Il n’y a pas vraiment de moment précis où tout commence. Pas de date, pas de souvenir parfaitement net. Juste des images qui reviennent, diffuses. Romain Gentil, 34 ans aujourd’hui, nous raconte : « Mon père regardait les matchs à la télé… donc moi, très vite, je m’y suis intéressé, naturellement, sans vraiment qu’on s’en rende compte. »
Un écran allumé. Un match en fond. Et un père, Laurent (61 ans), passionné. Chez eux, le football n’a jamais été une discussion. C’était là, simplement. Dans le rythme des semaines, dans les soirées, dans les habitudes. Romain grandit comme ça. Sans vraiment qu’on lui explique. Il regarde, il s’approche, il comprend peu à peu. Le Paris Saint-Germain devient un repère avant même d’être une passion. Les premiers souvenirs s’installent sans bruit. Un maillot, d’abord. Puis un stade. Puis une place, toujours à côté.
« Il a vu son père regarder les matches, » nous dit Laurent. Et forcément, un enfant s’intéresse, est curieux et veut naturellement se joindre à l’activité. Dans ce geste simple — s’asseoir, regarder, commenter — tout est déjà là. Une manière d’être ensemble. Une manière de partager sans avoir besoin d’en faire trop.
Avec le temps, les habitudes deviennent des rendez-vous, comme nous le confirme Romain : « Les premiers maillots sont arrivés. Mon premier match est arrivé… et puis mon premier abonnement aussi. » Le Parc des Princes, les trajets, les places, les discussions. Et puis ce lien qui reste, même quand la vie commence à s’organiser autrement.
Avant les abonnements, avant les habitudes père-fils, il y a d’abord un enfant parisien qui découvre le football au milieu des années 70. Laurent a grandi dans une famille profondément attachée à Paris. Le PSG existe déjà, mais il n’a pas encore pris toute la place. Le football partout en France se vit autrement, par d’autres noms, d’autres symboles : « La première image que j’ai du foot, c’est la Hollande en 74, » confie Laurent, qui s’attache à des images, à des visages, ceux qui font et révolutionnent le foot et la manière de le vivre.
Puis vient le Parc des Princes et sa découverte. Un premier match vécu dans le cœur du réacteur à la fin des années 70. Une défaite du Paris Saint-Germain contre Nice, mais le score, finalement, importe peu. Ce soir-là, Laurent découvre surtout le stade, et de toutes nouvelles sensations : « Quand je suis rentré dans le stade pour la première fois… j’ai pris une grosse claque. Je n’avais jamais vu un stade comme ça, ou vécu un truc comme ça. »
Époques différentes, mais les étoiles dans les yeux tout pareil ! Les vrais attachements arrivent souvent avec des visages. Pour Laurent, celui de Mustapha Dahleb reste à part. Le génial algérien, aujourd’hui encore considéré comme l’un des joueurs les plus talentueux de sa génération, et de l’histoire du club, a marqué Laurent : « J’ai passé ma soirée à attendre dans un coin pour voir le joueur arriver. J’étais môme, j’avais quatorze ans. J’ai des photos signées avec lui… c’était exceptionnel. »
Le football laisse parfois ce genre de traces. Des moments très simples, mais qui restent accrochés quelque part pendant des décennies, et qui trouvent encore écho, des années plus tard…
Quand Romain parle de sa passion pour le PSG, il ne raconte pas une conversion. Il raconte plutôt un environnement : « Mon père m’a transmis le sport de manière générale, et je voyais qu’il suivait vraiment le Paris Saint-Germain… donc forcément, on baigne dedans quand on est petit. »
Alors viennent les automatismes. Regarder avec lui, poser des questions, reconnaître les joueurs. Réclamer un maillot ! Et naturellement, vient ensuite la découverte, à son tour, du Parc des Princes.
Avec émotion, Romain nous raconte : « Tu découvres un stade mythique… tu arrives un soir de match tout petit, tu vois l’ambiance qu’il y a et tu te dis : ah ouais, c’est juste incroyable. Et mon premier abonnement remonte à 2006… »
Avec les années, Romain construit aussi son propre rapport au PSG. La passion héritée de son père devient progressivement la sienne. Comme Laurent avant lui avec Dahleb ou Susic, Romain associe une époque à des visages, des gestes, des émotions très précises.
« Premier abonnement, premiers matches… et forcément, Pauleta, » nous explique-t-il avec émotion. Et quand on lui demande des images précises, des gestes, des souvenirs, comme son père évoquait sans réfléchir les Dahleb et les Susic, Romain nous parle de Pedro ou de Pastore, le but de ce dernier contre Chelsea. On se fabrique nos propres souvenirs, qui correspondent à notre époque, à notre temporalité. Ces souvenirs appartiennent toutefois aussi à son père, puisque le lien ne s’est jamais brisé. Lui aussi vit encore le PSG dans son entièreté, et de cette période, qui écrit les chapitres plus récents de son fils. Comme une continuité intacte.
Avec le temps, les rituels évoluent sans disparaître. Avant les matches, ils se retrouvent souvent de la même manière. Métro. Trajet. Entrée au stade. Discussions d’avant-match. « Même quand on ne les voit pas ensemble, on est en communication pendant tout le match. C’est un lien qui sera toujours là. »
Le PSG apparaît surtout comme le décor d’une partie de leur relation.
On parlait d’une surprise en début de narration, elle a eu lieu lors de cette saison 2025-2026. Romain décide d’offrir à son père un moment, un moment inoubliable et surtout qu’il pourrait partager avec lui. Le 3 avril dernier, le Paris Saint-Germain accueille le Toulouse FC pour le compte de la 28e journée de Ligue 1. Un match parmi tant d’autres que Laurent et Romain s’apprêtent à vivre ensemble. Si ce n’est qu’à l’issue de la rencontre, Romain conduit son père, sans que ce dernier le sache, au plus près des Parisiens.
Laurent va croiser les joueurs, pour quelques moments privilégiés, et aussi Luis Enrique, qu’il admire tant sur le plan football qu’humain. Un moment inoubliable, pour le père comme pour le fils, qui ne ratait pas une miette des réactions de son père tout au long de la soirée.
Donc là, j'ai pris un comme un coup sur la tête. Je ne savais plus où j'habitais parce que je n’ai rien vu venir. On a marché jusqu'à l'entrée des joueurs, mais dans ma tête je me disais que ce n’était pas possible. Puis au bout d'un moment, j'arrive à 25 mètres des escaliers, quand ils descendent, pour entrer dans les vestiaires, je dis à mon fils "arrête tes conneries", ils vont pas nous dire de tourner quand même… ils se marraient !
Laurent a vu des centaines de matches au Parc des Princes. Mais certaines émotions ne disparaissent jamais complètement : « J’étais reparti 40 ans en arrière, j’étais un vrai gamin, un truc de dingue. » Et Laurent de conclure : « Franchement, mon fils m’a touché, c’était un moment incroyable. »
Pendant des années, Laurent a transmis quelque chose sans vraiment chercher à le faire. Cette fois, c’est Romain qui lui renvoie tout cela.
Le football passe son temps à parler de résultats, de générations, d’époques. Mais certaines histoires racontent autre chose. Chez les Gentil, le PSG est devenu au fil des années une manière de se retrouver. Un lien direct entre un père et son fils. Laurent avait transmis cette passion presque sans y penser. Et un soir, au Parc des Princes, Romain lui en a rendu une partie.
Le programme des Abonnés Historiques du Paris Saint-Germain est un statut honorifique créé par le Club pour rendre hommage à ses supporters les plus fidèles. Accessible à partir de 40 années d'abonnement consécutives au Parc des Princes, il célèbre ceux qui ont accompagné le club depuis ses premières heures, parfois en transmettant cette passion de génération en génération.