Depuis 2013, l'initiative Carte Blanche Paris Saint-Germain invite des artistes extérieurs à l'univers du sport à porter leur regard sur le Club et son environnement. Initialement centré sur la photographie, le projet a progressivement élargi son champ d'expression pour explorer de nouveaux sujets et différentes formes artistiques.
Ce projet m’a été proposé suite à ma participation au projet Dreamfield, réalisé par Paul Deby et son équipe, notamment le Bimôme. C’est grâce à ce projet que j’ai été introduite à l’univers du PSG, que j’ai pu pénétrer l’enceinte du Parc des Princes, comprendre son âme, connaitre tous ses recoins.
Pour m’imprégner d’autant plus de l’ambiance et de l’énergie vécue pendant un match, le PSG m’a permis de venir prendre des photos durant une rencontre, d’observer depuis différents points de vue les actions, les réactions des supporters aussi, coeur de la vie du club.
L’idée était de créer un storyboard d’un match de foot, pour mettre à la fois en avant le club, le Parc des Princes et l’étape de création qu’est le storyboard.
Le storyboard constitue une étape dans le processus de production permettant de rendre visuelle l’idée narrative d’un réalisateur (de la fiction, à la publicité, au clip musical).
Il nécessite vision, compréhension, quand le réalisateur et le storyboarder sont deux personnes différentes, et connaissances techniques des étapes d’un tournage.
Il s’agit de retranscrire visuellement le plus fidèlement possible une histoire, un enchainement de plans, une narration, afin que toute l’équipe technique ait une représentation commune de la vision du réalisateur et puisse travailler en ce sens, au moment du tournage, comme du montage.
Initialement, ce sont des planches qui sont créées, dessinées et mises en page. J’ai voulu transformer ces dessins en animatique pour que l’expérience soit plus facilement abordable pour le spectateur. Une quarantaine de dessins, animés succinctement sur after effects pour leur donner vie.
J’ai eu l’opportunité de rencontrer deux beatmakers qui ont proposé de créer toute une ambiance sonore, apportant une tension, une immersion à laquelle les supporters du Paris Saint Germain peuvent s’identifier.
L’objectif premier du sound design reste de servir la narration et de donner le ton, l’émotion à ressentir à la vue de l’image. Dès lors, il était nécessaire d’accompagner cette animatique d’une ambiance sonore mettant en valeur les dessins.
On peut retrouver des codes du cinéma, des animés de sports également. Il ne fallait pas seulement représenter un extrait d’un match, comme on pourrait le voir à la télévision. L’idée était d’apporter de la tension, une mise en contexte et une conclusion.
Un des codes du cinéma s’en retrouve d’ailleurs dans le titre : Match Cut.
C’est un terme cinématographique : il désigne un type de raccord où deux plans sont reliés par une similitude de forme, de mouvement ou de composition. Le double sens est “match découpé”, découpé en frames, en séquences, par le medium du storyboard.
Selma Benbrahim
Selma Benbrahim a 27 ans, elle est storyboardeuse et graphic designer. Le dessin l'accompagne depuis l'enfance. Commencé dès la maternelle, ce moyen d'expression universel est rapidement devenu pour elle une source de sérénité, presque un état méditatif. Il nourrit également sa curiosité, son sens de l'observation et de l'analyse. Pour représenter un objet ou une personne, elle s'attache à comprendre leur construction, leur place dans l'espace, leur équilibre, leur mouvement, ainsi que les effets de la lumière sur les volumes.
Si elle a toujours dessiné, elle n'envisageait pourtant pas d'en faire son métier. Issue d'une famille où les études supérieures occupaient une place importante, elle suit d'abord une classe préparatoire puis une faculté de droit, avant de choisir une voie artistique, avec la volonté de ne jamais avoir à se demander ce qu'aurait été sa vie si elle n'avait pas emprunté ce chemin.
Elle poursuit ensuite une formation en cinéma d'animation, puis un master en direction artistique digitale, élargissant son univers au marketing et à la publicité afin d'acquérir une compréhension globale des codes de l'image. Le dessin retrouve naturellement une place centrale lors de son expérience au sein d'une société de production audiovisuelle, où elle travaille en montage et en motion design. Elle y réalise de nouveaux storyboards pour des appels d'offres et une campagne publicitaire, confirmant une pratique qui, même lorsqu'elle s'en éloigne, finit toujours par s'imposer à elle.
Son univers est profondément influencé par son enfance : les livres, les dessins animés, les films partagés en famille et les jeux vidéo auxquels jouaient ses frères ont façonné ses goûts, ses inspirations et ses références. Cette culture pop, elle-même nourrie par les grandes œuvres et les courants de l'histoire de l'art, lui offre un terrain d'évasion et une manière de raconter les histoires autrement, avec une dimension épique, poétique et parfois surréaliste.
Le storyboard occupe aujourd'hui une place centrale dans sa pratique. Son travail s'articule autour du portrait et de la mise en scène des émotions, explorant ces instants où la lumière, les regards et les silences racontent davantage que les mots. Inspirée par le cinéma, la peinture classique et l'univers de la pop culture, elle cherche à créer des images qui donnent l'impression d'appartenir à une histoire plus vaste, dont le spectateur ne découvre qu'un fragment.
Au-delà de la recherche esthétique, Selma Benbrahim considère l'image comme un langage. Chaque composition, chaque couleur et chaque contraste sont pensés pour guider le regard et susciter une émotion précise. Elle accorde autant d'importance à la narration qu'à la maîtrise technique, convaincue qu'une image mémorable est avant tout une image qui fait ressentir.
Le storyboard réalisé pour cette exposition traduit cette approche en mêlant les univers de l'animation, de la vidéo et du sport. En empruntant à la fois aux codes du cinéma et à ceux du football, il propose une lecture narrative du match, où chaque dessin participe à restituer la tension, le rythme et les émotions de l'événement.