Luca Otmane, l'art de savoir faire des choix

Il fait partie des champions de France 2021 de la « maison PSG », comme il la nomme lui-même. Un titre pas comme les autres pour le Niçois qui met le doigt sur ce qui a changé dans son approche de la performance. Pas une assurance absolue, mais la garantie que ce combattant-là a franchi un cap et peut voir loin.

« Quand je suis arrivé au club il y a un an, j’étais conscient de ce que j’avais déjà réalisé, mais aussi clair avec moi-même sur ce que je n’avais pas encore accompli. » En 2018, à vingt-trois ans, Luca Otmane était déjà champion de France seniors, après la finale de l’année précédente et deux médailles nationales juniors, dont le titre, déjà, en 2014. Mais le second titre de champion de France seniors des -73kg acquis en novembre dernier à Perpignan, le premier sous les couleurs du PSG Judo, résonne davantage qu’une ligne supplémentaire à son palmarès. En trois ans, il s’est en effet passé beaucoup de choses dans la vie du Niçois. « À commencer par un changement de posture, exprime avec sincérité ce droitier réputé travailleur. J’ai décidé de me poser les bonnes questions à un moment où ça marchait moins bien pour moi. D’ailleurs, cela m’a aussi permis d’analyser que l’on ne prend pas le temps de réfléchir quand on est en pleine bourre. Il s’agissait de savoir si j’avais vraiment envie de faire du haut niveau ou pas, de m’engager à fond et même au-delà. Est-ce que j’avais envie d’être un champion pour moi ? La réponse a été claire : c’était oui ! »

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Pour cela, il a décidé, à l’été 2020, de quitter son club formateur et, quelque part, de faire évoluer la relation qu’il entretient avec son entraîneur de père, Mohamed, qui lui a enseigné depuis près de vingt ans. « J’ai cherché à remplir mon objectif : grandir à la fois sur les plans sportif et personnel. » Blessé lors d’un stage à l’été 2020, il prend la décision de se faire opérer du genou droit en septembre… avant une signature qu’il n’oubliera pas. « C’est vrai. J’ai signé mon contrat sur un lit d’hôpital ! Cela restera comme une très belle marque de confiance de la part du club à qui j’ai donné, de mon côté, la garantie que j’allais tout faire pour revenir au meilleur niveau. Et une parole est une parole, c’est comme cela que j’ai été élevé. » Après une reprise durant le Covid où il a senti qu’il « avait cette petite flamme intérieure » (sic) puis une période plus creuse cet été, un classique après une blessure, Luca a donc signé sa quatrième finale nationale seniors consécutive en novembre, dans la foulée d’une médaille de bronze lors de la coupe européenne de Dubrovnik et l’or, une semaine plus tard, sur l’Open européen de Malaga… « J’aurais aimé confirmer sur le Grand Chelem d’Abou Dhabi (battu au 1er tour par le Russe Agaian, champion d’Europe -23 ans, NDLR), mais je sais que c’est le bon chemin désormais, celui qui résulte d’une démarche personnelle, afin de passer du haut niveau au très haut niveau, c’est-à-dire à des médailles internationales dans les grands championnats. »

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Capitaine lors de l’Europa League

Sorti de sa « zone de confort » en changeant de club, celui qui était capitaine de l’équipe masculine lors du récent titre en Europa League a vite trouvé ses repères dans le groupe Rouge et Bleu. « Je suis proche de Marie-Ève Gahié depuis que je suis à l’INSEP, d’Alpha Djalo aussi (champion de France comme lui en novembre, NDLR) et je connaissais bien Julien Boussuge avant même de signer au PSG. Nous nous étions souvent croisés sur le tatami à Sucy, structure partenaire de mon ancien club, où il amenait ses jeunes. Sa femme, Stéphanie, est aussi notre médecin référent à l’INSEP, donc la connexion existait… et le judo est un petit monde. » Et maintenant ? « Paradoxalement, le fait d’être arrivé blessé m’a permis d’avoir le temps de connaître tout le monde. D’ailleurs, nous avons tous un point commun : nous sommes tous très engagés et très déterminés à devenir champions. J’ai un peu d’expérience, sans comparaison avec Teddy bien sûr, mais je crois que l’on compte aussi sur moi pour accompagner les jeunes et c’est une responsabilité qui me plaît. D’ailleurs, j’ai pris comme un nouveau signe de confiance d’avoir été le capitaine lors de la coupe d’Europe. »

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Ces deux titres européens du début de mois ? « C’était top de le faire tous ensemble, d’autant qu’il y avait un niveau élevé chez les masculins (il y a d’ailleurs remporté tous ses combats, NDLR), explique celui qui a désormais Florent Urani comme référent. Au-delà du doublé, cela constitue une très bonne étape pour continuer à construire notre histoire progressivement. » Déjà sélectionné pour le prochain Grand Chelem de Paris, celui qui fut titulaire une seule fois lors des championnats d’Europe, en avril 2018 quelques mois avant son premier titre national seniors, apparaît mieux armé que jamais pour s’imposer dans la catégorie en vue de Paris 2024.