Alpha Oumar Djalo : « Je ne me laisserai plus dicter mon parcours »

Il a vingt-cinq ans, a gagné les championnats de France cadets 2012, les championnats de France juniors 2016 et, en novembre 2021, les championnats de France seniors pour le PSG Judo. En -81kg, seule catégorie sans représentant français qualifié aux Jeux de Tokyo, cette victoire du meilleur tricolore au classement mondial sonne comme un nouveau départ. Alpha Oumar Djalo vise Paris 2024 et sait désormais par quel chemin passer pour y prendre part.

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Que représente cette victoire aux championnats de France seniors 2021 ?
Sur un plan personnel, c’est une forme d’accomplissement après avoir emporté les titres en cadets et juniors. Je boucle la boucle. Par rapport à la situation du moment, ce titre représente aussi énormément de choses, parce que j’étais jusque-là resté sur l’échec des Jeux. Avec cette victoire, mais aussi celle de l’Open de Malaga juste avant en octobre, où je bats Loïc Pietri et Quentin Joubert, je prouve que je suis le meilleur Français, celui qui aborde le mieux l’olympiade qui s’annonce.

Comment as-tu encaissé ta non-qualification aux Jeux de Tokyo ?
La phase de qualification a été épuisante, je suis sorti souvent, trop souvent pour pouvoir vraiment préparer les objectifs. Je passais d’un stage à une compétition, d’une compétition à une autre, et c’était difficile de garder la confiance quand on prend l’avion pour le bout du monde et qu’on fait un premier tour. Les Jeux, je n’ai pas regardé. Cela m’aurait fait trop de mal, même si j’étais heureux des médailles pour les copains, le par équipes, celle de Luka Mkheidze, de Teddy et Romane du club… J’ai pris mes distances pendant l’été, en renonçant aux stages. Je suis revenu aux sources, à la famille, aux amis, j’ai vécu et ça m’a fait du bien. J’ai pris le temps de réfléchir aussi à ce que je voulais et je me suis fixé la victoire aux championnats de France pour reprendre pied dans un nouveau cycle.

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Comment as-tu appréhendé l’épreuve ?

Je me suis posé avec les entraîneurs, j’ai pris le temps de la préparer en m’appuyant sur des compétitions intermédiaires, pour faire des combats, retrouver des sensations et faire des podiums, tout ce que je n’avais pas pu faire dans les mois et les années précédentes finalement. Avant cette année, le dernier open continental que j’avais fait datait de 2019. Je suis allé à Sarajevo et je fais troisième. Au Grand Chelem de Paris, je perds au second tour devant le Mongol qui finit troisième. Mais il ne s’agissait pas d’objectifs. Je ne me suis pas détourné de ce que j’avais en tête : être prêt à Perpignan pour les championnats de France. Sur le championnat lui-même, ça n’a pas été facile. Je rencontre Brahim Keita en quarts, un ancien champion de France de la catégorie supérieure, un profil envahissant, engagé. J’ai su rester calme, attaquer quand il fallait, suivre au sol au bon moment. J’ai montré aussi que j’avais beaucoup progressé physiquement, car il a lâché à ce niveau sur la fin. En demi-finale, contre le tenant du titre Quentin Joubert, j’avais une tactique précise, mais j’ai été rapidement mené de deux pénalités et cela ne fonctionnait pas. Il a fallu que je m’adapte en cours de combat et je suis parvenu à le faire sans paniquer. C’est une satisfaction parce que les meilleurs de la catégorie au niveau mondial ne paniquent jamais !

Comment comptes-tu aborder la nouvelle olympiade ?
Je ne me laisserai plus dicter mon parcours. Je ne veux plus être passif, à attendre que l’on me sélectionne ou pas, sans visibilité ni stratégie. Je sais comment faire pour renforcer ma confiance et mes sensations en passant par les opens avec le club, en me fixant des objectifs. J’ai aussi mûri en tant que compétiteur. Il me fallait un peu de temps. J’aime le judo, je veux marquer des pions, faire des jolis gestes. Mais j’ai appris que si je veux prétendre à quelque chose, il faut assumer d’être là pour gagner, et pas seulement bien faire, et d’être patient pour être capable de gagner aussi les combats où je n’arrive pas à projeter. Maintenant, ça aussi je sais le faire.

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Seras-tu le titulaire des Jeux 2024 ?
J’ai encore des adversaires sur le plan national, avec Loïc Pietri et Tizie Gnamien qui sont les deux plus redoutables sans doute, mais j’ai démontré, je crois, que j’étais désormais le plus fort en France. Il me reste à progresser face aux meilleurs internationaux, le top 20 de la catégorie, en étant notamment plus efficace pour ne rater aucune opportunité d’attaque, ce qui fait encore la différence. C’est le travail à faire pour les mois qui viennent. Ce que je sais, c’est que, maintenant, si je fais des erreurs, des contre-performances, je peux rectifier rapidement. Si j’irai aux Jeux de Paris ? On verra bien, mais je sais qu’il n’y aura aucun doute. Celui qui ira se sera clairement démarqué des autres. Et moi je ne laisserai rien au hasard pour être celui-là.